samedi 21 février 2015

Guide de poche du souffre-douleur intègre (partie C)

19. Respect : regardez derrière vous avant de tomber afin de n’entraîner personne dans votre chute.

20. Pendant qu’on reçoit un coup de batte de baseball derrière la tête, on ne pense pas à ses petits problèmes personnels.

21. Quand même ta blonde sous diplômée, dépressive, bloquiste et enceinte te quitte, tu sais que tu es un véritable champion.

22. Si vous croyez que ça ne peut pas aller plus mal, c’est que vous n’êtes pas tout à fait réveillé.

23. Un perdant né sait instinctivement se placer au mauvais endroit au mauvais moment, avec les mauvaises personnes.

24. Allez à une réunion du Conseil du Statut de la Femme avec une pancarte clamant: En vieillissant, je deviens  et plus féministe et plus misogyne. Avec les pierres, vous pourrez vous construire un muret de taille fort appréciable.

25. Céder son siège à un vieillard dans l’autobus, c’est bien. Mais auquel ? Choisissez le plus décati, par exemple celui qui présente son dentier au chauffeur à la place de sa carte de l’Âge d’or.

samedi 14 février 2015

Guide de poche du souffre-douleur intègre (partie B)

 (avec la participation de Jean "Whipping Boy" Poulin)



10. Le masochisme sera convivial ou il ne sera pas.

11. Soyez aimable: un grelot autour de votre cou facilitera la vie des non-voyants qui ne demandent qu’à vous corriger à coups de canne blanche.

12. Pensez à long terme : conformez-vous à l’image dégoûtante que votre ex projette de vous auprès de votre enfant. Il est essentiel pour son développement qu’il garde confiance dans le jugement de sa mère.

13. Un crayon-feutre pour tracer en pointillés les lignes de coupe sur votre ego : le dépeçage est facilité, le travail du concierge diminué.

14. Oui, c’est du bénévolat, mais quelle formidable visibilité.

15. Souffrir, c’est aimer à nouveau.

15. Ah, vous êtes bouc émissaire? Pfft, amateur, va!

16.  Soyez démocrate : les mésadaptés sociaux-affectifs, les complexés, les pleutres, les va-nu-pieds, les  éternels vaincus, les dépendants affectifs et les indépendantistes ont également besoin de se défouler.

17. Selon la célèbre ophtalmologiste yukonnaise Amy Stoetz, pleurer trois fois par jour est aussi bon pour la vue que de manger un sac de carottes de cinq livres (épluchées). Portez tout de même un foulard si vous prévoyez pleurer dehors par temps froid.

18. Une croix, ça va, ça vient.


mercredi 11 février 2015

Guide de poche du souffre-douleur intègre (partie A)

1. Un souffre-douleur consciencieux ne fait pas attendre son public en vain : allez au-devant des coups; sinon, trébuchez par vous-même.

2. Si la nature ne vous a doté que de deux joues, n’hésitez pas à retendre la première. On n’y verra que du feu.

3. Si un ventriloque vous abreuve de quolibets, allez serrer la main de sa marionnette pour la féliciter. Cela comblera d’aise l’illusionniste, et lui inspirera peut-être même une nouvelle bordée d’injures.

4. Ne retirez jamais immédiatement un dard de votre visage et ne cessez jamais de sourire. Il est prouvé qu’un public comblé possède une plus grande espérance de vie.

5. Si vous prenez conscience qu’il y a un autre souffre-douleur dans la pièce où vous venez d’entrer, jaugez diligemment ses capacités; si elles dépassent les vôtres, laissez-lui le plancher. Il n’est toutefois pas interdit de le frapper.

6. Souvent, l’auteur d’excuses publiques prend prétexte de nettoyer votre gilet, sur lequel il avait précédemment craché, pour mieux vous poignarder. Remerciez-le et faites pénétrer le couteau plus profondément en vous excusant à votre tour.

7. Rien n’est plus doux au cœur de l’homme normalement constitué qu’une large ecchymose éclairée par un soleil d’été, qu’un œil violacé gorgé de pus. Surtout quand c’est sur votre figure.

8. Lorsque les coups sont faibles, les flèches émoussées, les gnons mous, n’hésitez pas à feindre davantage de souffrance : soyez une cible émouvante.


9. Lorsque vous êtes seul chez vous, pratiquez-vous à lever la main rapidement. Ainsi, lorsqu’on cherchera un coupable, vous serez toujours le premier.

dimanche 8 février 2015

L'épinette mystère

C'est Noël tous les jours grâce à cette mystérieuse épinette de Tin Can Hill. Je soupçonne un coup de la Fraternité Arctique des Corbeaux.

mercredi 28 janvier 2015

Marcher avec nos soeurs

Participé dimanche au démontage de l’exposition itinérante Walking with our Sisters au Musée Prince-de-Galles de Yellowknife. L’exposition a pour but d’attirer l’attention sur le nombre incroyablement élevé de femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada depuis 30 ans.



Walking with our sisters comprend quelques 1700 paires de dessus mocassins décorées avec des perles posées sur le sol formant un cortège à la fois lugubre et magnifique,  magnifique à cause du talent des artisans plutôt anonymes qui ont créé ces pièces.
« Les œuvres ont été créées par des membres des familles, des amis, ou simplement des personnes qui se sentent concernées par ce drame, explique la conseillère aînée Fibbie Tatti. Elles mettent leur cœur là-dedans, leurs espoirs et leurs rêves. Elles veulent attirer l’attention sur cette tragédie. Ça leur apporte un peu de guérison de faire ça, même si on ne guérit jamais. »
Nous avions des listes avec de mauvaises photos numérotées des mocassins. Il fallait les mettre dans des boîtes dans un ordre très précis, de manière délicate et protocolaire sinon rituelle. On mettait de la sauge dans chaque boîte. Je pense que beaucoup des femmes qui faisaient ce travail avaient à l’esprit les disparues et leur famille.



1700 paires de mocassins c’est long à ranger, surtout quand tu essaies d’être respectueux… et que tu finis par regarder chaque paire… le travail naïf ou minutieux avec les perles, carrément bouleversant, les symboliques métisses et amérindiennes, les représentations du deuil, du chagrin, les médiums. C’était pas toujours les œuvres les plus achevées qui étaient les plus émouvantes.
Et sous chaque mocassin, il y avait un nom, un numéro, une origine géographique. Je recueillais de tout ça en tentant de ne pas trop laisser mon imagination et mon affect s’imprégner des tragédies. Des fois, on cherchait une paire de mocassins durant 15 minutes dans une des trois pièces de l’expo, on la trouvait pas, c’était comme une double disparition. La première femme avec qui j’ai travaillé était pas méthodique pour un sous, j’étais presque fâché après elle. Par contre elle avait un œil extraordinaire pour retrouver les œuvres récalcitrantes.
L’exposition Walking with our Sisters sera  à Whitehorse en avril  puis fera le tour du pays jusqu'en 2019. Au Québec, en 2017, on pourra la voir à Akwesasne, Odanak et Kanhawake

jeudi 18 décembre 2014

Jésus degré deux le matin

La pierre atteignit l’ado dans le haut de la fesse gauche et il hurla. Jésus n’aimait pas qu’on fasse des graffitis sur sa croix.
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Véronique revenait d’un concours de gilet mouillé quand Jésus la croisa au centre-ville de Jaffa, où il avait été participer à une table ronde sur le caractère métaphorique de la cruche chez Saint-Augustin. Elle lui permit de rafraîchir son visage sur son gilet, qui s’y imprima. «J’ai encore vieilli, songea Jésus avec tristesse, en contemplant son reflet.» Véronique lui fit un petit sourire compatissant, comme si elle devinait son souci, et cacha sa joie : elle était arrivée seconde au concours et s’était méritée une bourse d’étude en théologie à l’Université du Québec à Miami.
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-Salut les Boys, on se revoit l’an prochain!
Jésus referma la porte de son tombeau en soupirant. Encore de l’or, de la myrrhe, de l’encens et . À chaque Noël c’était pareil.

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Jésus repassait consciencieusement sa croix en sifflotant le Stairway to heaven des Led Zep. Il tenait à ce qu’elle soit impeccable en tout temps car il ne savait jamais quand elle pourrait servir.  Il se prépara ensuite pour rejoindre Judas, son partenaire de squash favori.

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Marie-Madeleine enleva un rigatoni qui séchait dans sa barbe puis le regarda avec une grande tendresse. C’était son homme. Jésus. Son Jésus personnel.

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lundi 15 décembre 2014

Jésus lance et compte

Avoir sa fête le jour de Noël se disait Jésus, c'est triste, ça fait moins de cadeaux. Il se sentait un peu coupable d'être à l'origine de cet état de fait. Il s'enleva distraitement de la main gauche une écharde que lui avait laissée sa croix, en regardant par la fenêtre de son tombeau. Un soldat romain flattait un chien. «Pas des mauvais bougres au fond, se dit-il.»
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Il hésita, puis cogna finalement à la porte du tombeau. Barabbas le savait : Jésus était le seul qui lui prêterait de l’argent pour acheter du hash.
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«Un bon gars ce Baudelaire, se dit Jésus. Plus arrogant que véritablement dépravé. Mais c’est quoi son histoire avec la confiture?»
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Jésus sentit qu'il allait mourir mais on démonta soudainement sa croix. On venait de découvrir de l'uranium au Golgotha et on expropriait la ville de Jérusalem.
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Au palais du Sanhédrin, la distributrice à café était encore hors d’usage. Jésus sacra et pris une sloche.
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«Phoque dit Pierre, en mastiquant son riz avec dédain. Chez les Raéliens, la bouffe est vraiment meilleure.»
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Épuisé par le manque de paix et de compréhension, Jésus partit en Égypte avec Marie-Madeleine voir le show des Grateful Dead. Mais ils arrivèrent 1945 ans d'avance. Ils firent beaucoup l'amour pour passer le temps et inventèrent des jeux de mots qu'on a pas encore réussi à déchiffrer aujourd'hui, genre accroche-toi à la nef, j'enlève l'ostensoir.

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