mardi 20 décembre 2016

Jack est scrap 6x3/7


C’est cet héritage, la collection personnelle d’un original, que Miguel avait repris et magnifié. Des 33 tours, des cassettes bourrées de segments d’émission de radio, il avait même une cartouche 8 pistes avec des chansons de Noël en langues autochtones, il avait même, il faut le souligner, deux cylindres de gramophone où on entendait chanter et prier le prophète Ereya.
Mike avait fait une crise cardiaque voilà dix ans, on l’avait hospitalisé à Hay River, quelques 360 kilomètres au sud-est. Mais ses valves avaient continué à se détériorer, il y avait eu infection, et on avait dû transférer Mike au Royal Alexandra d’Edmonton. C’est de là-bas qu’il est parti, une nuit, dans l’impuissance des tubes et des machines, à ses cotés Miguel et une sœur cadette qu’il n’avait pas vue depuis 12 ans.
La mort de Mike fut une épine de plus dans la couronne de marde de Miguel, un pénultième tourment dans une vie qui n’en avait pourtant pas manqué, à un point que les mots peinent à le dire. À Yenhiwho, on l’inspectait du coin de l’oeil, on s’en informait à mi-mots. Miguel allait-il exploser ?
Nul, hormis Martha sans doute, ne sut comment Miguel vécut la disparition de son meilleur ami, de celui qui l’avait grandement aidé à renaître au Nord. Mais il décida de perpétuer et de magnifier la passion de Mike pour les langues athapascanes.
Miguel m’offre de visiter le bâtiment pendant que Martha, George et Lars, qui n’en sont pas à leur premier passage, inspectent la partie du Dene Yatié Kué qui contient les archives et dont la forme rappelle un tambour.
- C’en est un, me répond Miguel avec son drôle d’accent, lorsque je lui mentionne l’analogie.
Nous pénétrons à l’intérieur de l’autre partie, qui est également circulaire à la base, mais se termine en cône, comme un tipi, avec, au sommet, un vaste puit de lumière en vitrail bleuté. L’intérieur est une aire ouverte dont les étages supérieurs sont bordés par des mezzanines. Au premier, le corridor circulaire conduit à quatre chambres possédant chacune son mini-balcon, avec une vue impeccable sur la K’edeli et même, dans un cas sur le Mackenzie.
-C’est magnifique, Miguel.
- J’ai eu la chance de travailler sur des beaux projets dans ma vie, mais celui-là est particulier.
-T’as participé à ça ?
-J’ai dessiné les plans en m’inspirant de l’architecture inuite et dénée. Elles sont primitives mais euh... (il cherche ses mots) sophistiquées… cohérentes avec l’environnement. Parfaites.
- C’est tellement impressionnant de voir ici un bâtiment si somptueux, c’est comme un genre de temple au milieu d’un taudis.
Miguel sourit en me prenant par l’épaule, m’emmenant au rez-de-chaussée, près du poêle à bois dont le tuyau grimpe jusqu’au puit de lumière. « Un temple, concède-t-il, rapprochant se mains du feu, mais ouvert à tous. Et il faut qu’il le soit, parce qu’on a mis ici une petite fortune. Les contracteurs ne voulaient même pas nous soumettre d’estimé ; ils n’avaient jamais construit de maison de ce type alors ils ne savaient pas combien ça allait leur coûter. Alors c'est un temple accessible. On a des archives et des outils pour la survivance des langues mais on a aussi des chambres pour héberger des enfants qui vivent des épisodes difficiles. »

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