jeudi 4 août 2016

Jack est scrap 6R4/7



Mon Jack

Chus pas bonne en amour...

Ça part jamais du même couplet mais c’est toujours le même refrain : une idée innocente, anodine, qui s’insinue sans crier gare, pis tout d’un coup, le show part sur les chapeaux de roue. Des images, des impressions, des sentiments qui vont de tous bords tous côtés. J’arrête plus de penser à l’Autre, qui devient plus grand que moi, que tout, l’Autre qui m’avale. Et je me regarde penser et je sais bien que c’est insensé, il n’y a personne, c’est juste un fantôme assujetti à mes peurs et mes envies.

Toi pis moi, nous sommes une amourette ou la Grande Affaire? L’angoisse me noue les tripes parce je sais bien que j’ai jamais étée à la hauteur de mes rêves d’amour. Au pire, je les ai toujours sabotés, pour mieux me résigner au cynisme, me conforter dans l’idée que l’amour c’est du roman-savon et qu’on n’y peut rien changer.

Mais ensuite, là dans un flash, tes mains si fortes et douces, tes épaules où me nicher à l’abri, ta langue qui me cajole, le bleu vibrant du ciel de Yellow-les-Couteaux (comme tu dis) qui emballe nos pèlerinages païens à Tin Can et Jackfish et Frame Lake…

Puis tu t’effaces et le bal débile des émotions reprend, m’avale. Tout m’avale et me vomit, je suffoque et je me disperse tout à la fois. Je suis l’engloutie des engloutie, une Bérénice vieillie, un castor faisandé.

Jack, vaut peut-être mieux s’arrêter là? Mais si on passait à côté de quelque chose? De quel côté serait le regret? Si tout ce qu’il nous reste avant de pourrir, tout blanc pis saignant dans les draps blancs de polyester d’un hosto dégueu, c’est les souvenirs, vaut mieux bien les préparer.


Ta Nelly





T’as pas trop vu l’anthro depuis deux jours, prise qu’elle est par son colloque, et tu trouves cette lettre ce matin en te réveillant.

Ça dessaoule.

Le café goûte pus ben bon.

L’aigreur et la suspicion descend oxyder tes tripes. Même si c’est toujours exaltant de voir une référence à Ducharme à 5000 kilomètres de Saint-Félix-de-Valois.

Tu appelles Nelly et elle te rabroue. Y a personne de plus sèche qu’elle quand elle s’y met. Elle te déshumidifie un rêve en moins de temps qu’il ne le faut pour vérifier si t’as mis le « h » à la bonne place dans ce verbe du 1er groupe au demeurant peu utilisé. On préfère sans doute « sécher ». Mais il y a un temps pour assécher et un temps pour déshumidifier.

T’en prends pour ton rhume et d’ailleurs, si t’avais pas les sinus bouchés, tu sentirais le danger. Les gens qu’on adule finissent par puer du piédestal et on oublie qu’ils ont leurs propres monstres à apprivoiser. CQFD : tenir les bestiaires à distance respectueuse. Mais ellle s’en vient, la distance, et à grands pas, puisque Nelly retourne à Montréal dans 48 heures


Elle revient tard chez Ginger et Fred, te rejoint au lit. Au tout petit matin, alors que t’es complètement patraque, Nelly, sur un high, discourt sur la notion de Métis, la crypto-misogynie des Premières Nations et la symbolique de la tortue sans tenir compte de tes faibles récriminations.

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