jeudi 26 novembre 2015

Jack est scrap 6k/7

Sur scène, artistes et conteurs se succèdent dans une acoustique chaotique. Une adolescente dont une tache lie de vin gruge la moitié du visage accompagne un guitariste post quinquagénaire au look dévastateur, genre lounge revisité. Le gars porte un ensemble à carreaux bleus et jaunes. Il a des cheveux gras et longs, mais rares, ses favoris encadrent un visage flasque où pendouillent de grandes lèvres molles.
Sur sa Jazzmaster bleue poudre, il joue du Roy Orbison, du Billy Simard, du Luke Bryan et même du Kashtin. L’ado se cantonne pour l’essentiel du temps dans son rôle de support rythmique, efficace mais sans éclat. À la fin de leur spectacle cependant, elle interprète une de ses compositions, chantant tout en alternant doigts et archet sur les cordes de sa contrebasse, la transformant aussi en instrument de percussion. Elle fait naître tout un monde, des loups et des élans, des vagues et du vent, des pas sur de la neige croûtée, des mélopées tribales millénaires.


La jeune recueille des applaudissements d’office, provoque aussi quelques rires gênés, des mines perplexes. D’autres sont soufflés, comme Nellie, jusque-là plutôt réservée, et qui maintenant manifeste avec enthousiasme son adhésion.
Craquante, la Madame Innue, avec ses yeux laser, son sourire ivoire et ses 100 000 gigawatts. Peut-être que les barrages d’Hydro-Québec sur le territoire ancestral de son peuple ont eu pour effet d’augmenter leur potentiel énergétique individuel? C’est pas une aura qu’elle se trimballe au-dessus du cortex la Nellie, c’est un arc électrique.
Elle butine d’un groupe à l’autre, passant quelques commentaires sur un bébé qu’elle prend dans ses bras, recevant des louanges avec une apparente modestie, vitupérant contre le manque de pouvoir décisionnel des Premières Nations au sein du Conseil de l’Arctique, racontant sa descente de la rivière Moisie avec des Inuits du Groenland, une écrivaine basque et un politicien cree. Il y a des sous-entendus grivois dans son récit mais ils originent  peut-être de ma nature qui a horreur du vide où elle s’assèche. J’ai l’impression de faire un marathon de chasteté. Un chastothon, où il n’y aura guère de profits à verser  pour quelle cause que ce soit. La chasteté, c’est le machisme des mystiques et moi je ne suis ni macho ni mystique, juste un mammifère égaré et mal programmé.

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