samedi 30 août 2014

Jack est scrap 3F

Lars avait été élevé au sein d’une famille d’aviculteurs manitobains d’origine danoise, dans une promiscuité repoussante et une pauvreté désolante. Les volées y étaient plus fraîches et nombreuses que le pain et la cruauté mentale y tenait lieu de gymnastique intellectuelle.  Lars était néanmoins l’orgueil de la famille. Sous l’impulsion de son père, taré mais pas complètement con, il avait entrepris des études de droit, apprenant l’anglais simultanément. Tous les espoirs étaient permis pour lui. Puis, au bout de cinq ans, à une semaine d’obtenir son diplôme, Lars avait tout laissé tomber, provoquant le désarroi et la colère de ses parents. Quand, de retour à la maison, son père avait commencé à lui crier des insultes et à le menacer de ses poings, Lars lui avait saisi la gorge d’une main et la crinière de l’autre et lui avait placé le visage à quelques centimètres du poêle à bois brûlant, pendant un temps qui avait dû sembler interminable au vieux patriarche et beaucoup trop court à Lars. «Jamais plus, qu’il lui avait crié, jamais plus!»





Mais Lars n’allait pas se débarrasser si aisément de l’emprise de son père; celle-ci allait s’avérer beaucoup plus profonde, vicieuse, inscrite jusque dans ses propres battements de cœur.
Toujours habité par le démon aveugle du succès, il allait se lancer dans de laborieuses études en géographie, atteignant cette fois-ci le doctorat, cumulant les bourses et les distinctions académiques. Lars devint un des premiers à s’intéresser à l’effet du réchauffement climatique sur le pergélisol. Son expertise était sollicitée partout dans le monde circumpolaire et dans les universités du sud investies dans les recherches nordiques. Il était une sommité maintenant.

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