samedi 31 mai 2014

Jack est scrap (2d/7)

Catherine, tu l’as pleurée comme un veau, comme un dévot qui aurait perdu son objet de culte…le te étant facultatif. Tu croyais en elle mais ce n’était pas réciproque. Elle avait un sens de l’humour formidable, une vivacité d’esprit ahurissante et un corps  sublime. Petit et athlétique mais charnu et hospitalier, des seins vraiment extraordinaires.  T’avais même pensé qu’elle avait pu avoir une augmentation mammaire et t’avais été assez sot pour le lui demander, subtil comme un camion de vidanges. Elle avait dit non, bien sûr, et la vérité c’était oui, bien sûr. Des années plus tard, alors que t’étais justement pas en train de penser à elle, elle était passée à la télé dans un documentaire sur le suicide, parlant de ses tentatives, de son manque d’estime d’elle-même, de son corps reconstruit à coups de milliers de dollars.
 Au lit, par nature ou parce que tu la branchais finalement pas tant, elle était fade, passive, mais quel cul, Seigneur Dieu, give me more! C’est bon de se rappeler l’avoir exploré, elle appuyée les mains contre le mur, les jambes écartées, ses longs cheveux bruns pâles cascadant dans son dos. Hum… so good…
Est-ce qu’elle avait son manteau de fourrure et ses bijoux quand elle t’a quitté? «Regarde-toi et regarde-moi qu’elle avait dit, regarde ton appartement et regarde le mien…» Le prolétariat n'a pas vaincu pas cette fois -là non plus.
Jamais revue, su qu’elle enseignait dans une école de mode, elle qui rêvait de devenir costumière au cinéma. Qu’importe.
Christ que tu l’a braillée cette femme, la plus folle probablement  de toute la collection de timbrées que tu t’es tapé, des névrosées aux bipolaires, en passant par cette Clara à la pathologie non diagnostiquée, qui t’avais appelé à répétition un soir pour t’insulter, te menacer. Catherine, tout tes amis s’étaient rendus compte qu’elle était folle. Mais ils ne te l’avaient dit qu’après. Y avait que toi pour pas t’en rendre compte. Normal. La folie, c’était ton pain quotidien. C’étaient les gens normaux qui tranchaient dans le décor. You was so malheureux, pauvre Ti-Pet. Des semaines les yeux dans le vague, à penser qu’à elle. Plus rien ne comptait. T’as bu, t’as bu, comment tu pouvais faire pour quand même réussir à bosser? Ça t’arrivait même de pisser au lit, de sentir qu’il y avait plus d’alcool que de sang dans tes veines. Tu comprenais viscéralement le sens de l’expression intoxiqué à l’alcool. Le houblon te buvait.
Le pire, c’est que pour la première fois de ta vie t’avais expérimenté le concept du jeu du chat  et de la souris. Que plus tu lui avais manifesté d’indifférence, plus Catherine s’était rapprochée de toi. Wow! Fantastique! Une clé! Un piton de l’humain que tu pèses et ça fait kiss kiss! Mais même au trombone, t’as jamais été bon dans les jeux de coulisse. T’es trop entier –lire primitif- , naïf et transparent pour les stratégies de manipulation. Et ça aurait valu quoi, comme relation, en définitive? Ça n’aurait que retardé l’inévitable fracture.
La peine a fini pas s’éventer…

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